SPHÈRE(S)

du 26 octobre au 6 novembre 2019

Lou Ros, Pascal Vilcollet

Au lendemain du commencement était la forme, une forme, des formes, qui abritaient la vie surgie dans le chaos originel. Dans le vaste espace, l’infiniment petit. Dans l’infiniment grand, le minime vivant. Des spores dans les sphères.

Des rondeurs ovales s’allongent, prolifèrent, s’agglomèrent, évoquant l’origine de la vie, mais aussi de toute une œuvre. Car la sculpture de Pascal Vilcollet est une mise en volume de la genèse de sa propre peinture. Sur la toile, une première couche fait apparaître des formes abstraites posées dans un geste proche de l’écriture automatique et plus il avance, plus elles se précisent et tendent vers la figuration. La sculpture est un retour à ce commencement, un dévoilement de ce qui a été recouvert, enfoui jusqu’à disparaître: la substance de sa peinture.  Des formes capsulaires, arrondies et ovales, comme un prolongement du sphérique; disposées sporadiquement, elles s’agglutinent sans fusionner car si le volume occupe l’espace, celui-ci est façonné par le vide qui est « cette matière de la possibilité d’être »1. Pascal Vilcollet investit la forme de couleurs et de textures, mettant au jour de manière surdimensionnée une réalité microscopique tels des conglomérats cellulaires, des molécules chimiques.

Cependant, le milieu où cette matière se déploie n’est pas le milieu clos d’un laboratoire mais les différentes sphères qui constituent la planète. Tout autour, les paysages de Lou Ros s’étendent à perte de vue et à perte de vie. Dans leur beauté se glisse pudiquement quelque chose de tragique qui touche au sublime, l’explosion, le désert, la lumière éphémère, le léger souffle du battement d’ailes d’une espèce quasi éteinte. Une biosphère exsangue, dont la pâleur n’est pas dépourvue de couleur. Un silence alourdissant l’atmosphère, une éloquente absence de l’homme dont l’empreinte est pourtant prégnante tant ces paysages évoquent une sphère terrestre altérée, devenue autre par son action. Chaque paysage est une citation issue d’un documentaire sur l’Anthropocène, saisie à travers une capture d’écran, arrêt sur image où se joue quelque chose de décisif. Loin du discours culpabilisateur, il s’agit pour le peintre de témoigner sur la nature telle qu’elle est à cet instant-là, telle qu’elle ne sera peut-être plus. Lou Ros s’attache à mettre en avant le caractère figuratif de ces paysages tout en restant ouvert à une large interprétation de sa peinture; la plurivocité manifeste le caractère désormais instable de ce que l’on contemple mais aussi une dimension cosmique, où les lueurs éphémères de l’éclosion d’une multitude de larves d’insectes se confondent avec l’immense ciel étoilé.

Entre les œuvres de Pascal Vilcollet et celles de Lou Ros il y a d’abord un rapport plastique – la surface des volumes rejoint la chromatique et les textures de la peinture. Au-delà, il s’instaure un dialogue engagé. Ainsi, cette écorce qui semble naufragée du lac devenu désert de sel s’apparente à un fragment de croûte terrestre détachée de la lithosphère. Là où Lou Ros pointe la disparition de la vie à travers un spécimen d’oiseau gravement menacé, les formes arrondies et ovales de Pascal Vilcollet se rapprochent des spores, ces membranes capsulaires dont s’entourent les microorganismes pour survivre dans des conditions adverses. Le dialogue entre les deux artistes transcende encore la connivence plastique et la réflexion écologique pour s’accomplir dans un rapport d’amitié qui, nourrie par le travail dans le vaste atelier commun, prend une dimension presque goethéenne, où circulent les influences et les affinités, les couleurs et la chimie.

1.Gaston Bachelard, La poétique de l’espace, 1957

Clara Pagnussatt
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