So Close

du 9 juin au 23 juillet 2020

Hugo Avigo, Alexandre Bavard, Jonathan Bréchignac, Paul Créange, Antoine Donzeaud, Marion Flament, John Fou, Cecilia Granara, Cyrielle Gulacsy, Clément Mancini, Jan Melka, Juliette Minchin, Mario Picardo, Lou Ros, Christine Safa, Masha Silchenko

Seize artistes de la nouvelle scène contemporaine française sont rassemblé.e.s au sein d’une exposition qui fait fi d’une acception chromophobe et rangée de l’art. Haute en couleurs, « So Close », agence des oeuvres entre fiction et réalité, animées d’une énergie vitale sans limite. Ces artistes téméraires expérimentent tous. tes les formes et les matières dans une liberté de création qui flirte parfois avec l’absurde et le ludique. Leur particularité est de présenter, déjà, une pâte extrêmement forte, c’est-à-dire une identité bien affirmée et cette cohérence dans leurs travaux les distingue en tant que marqueurs visuels de leur époque. Obsessionnels dans leur spontanéité, ces personnalités n’ont pas peur des formes nouvelles. « So close and yet so far » dit la chanson qui a aussi pour refrain « My eyes adored you ». Tout le long du parcours, des formes hybrides, situées aux confins de la peinture, de la sculpture, de l’installation, se déploient et rappellent que toujours persévère, comme un génie des lieux, la présence de l’artiste dans l’espace d’exposition.

En maîtres de la matière, les seize comparses font feu de tout bois : céramique, plâtre, cire, paillettes, huile, acrylique, résine, aquarelle, verre, plastique. Au sein de cette diversité, des affinités imprévisibles se tendent. Par exemple, la palette voilée de Lou Ros répond tout à fait aux plâtres bleutés de Clément Mancini. Une vie future est suggérée par les néons cybernétiques de Paul Créange ou les échantillons extraterrestres de Jonathan Bréchignac, tandis que le trait enlevé et calligraphique de Jan Melka annonce l’expressivité pop et colorée des peintures de Mario Picardo. Le soleil point chez Cyrielle Gulacsy puis rougeoie avec Christine Safa. La céramique, associée à la cire par Juliette Minchin, se fait florale et émaillée chez Maria Silchenko. Dans une énergie picturale comparable, John Fou propose un carnaval des animaux, Cecilia Granara une symbiose avec la nature. Hugo Avigo et Antoine Donzeaud mettent respectivement en scène un pique-nique miniature et des verres brisés. Enfin, une scénographie pluridisciplinaire se remarque chez Alexandre Bavard et Marion Flament qui décortiquent chacun.e un sujet (le graffiti pour le premier et la pierre et le feu pour la seconde) en un ensemble de propositions plastiques.

Étrangetés formelles aussi nombreuses que leurs créateurs, les oeuvres sont comme des toiles d’araignées, attachées à la vie par les quatre coins. « So close » car, proches de la réalité tout en s’en éloignant, elles se situent à l’intersection de la figuration et de l’abstraction. Dans cet écart avec le connu, se profile un terrain propice à l’étonnement, celui qui creuse dans les marges sa raison d’être. Propositions artistiques dans un temps et un lieu donnés, les pièces exposées à voir dans cet accrochage sont autant de clés de lecture contemporaines, qui offrent la meilleure forme possible à qui est capable de la saisir. « Avoir la grâce se mérite par sa disponibilité » écrit Dante (Le Paradis, Chant XXIX). Et le charme prodigué par les oeuvres – en sus de leur force technique – se conquiert.

« So close » survient dans un contexte d’urgence artistique où le soutien à la scène locale et contemporaine, proche de nous dans l’espace et le temps, paraît plus que jamais d’actualité. À noter l’esprit d’équipe entre ces artistes qui se connaissaient peu ou prou, enclin.e.s à participer collectivement à une exposition où l’union fait visiblement la force. La communauté, point d’orgue d’un renouveau artistique ? Il est d’usage, en France, de parler d’une façon générale de « création émergente », terme qui, pour évoquer une dynamique, n’en demeure pas moins incomplet, dans le sens où il suppose un processus jamais fini. À l’adjectif verbal et à la modélisation (création « émergente » c’est-à-dire « en état constant d’émergence »), préférons une forme plus affirmée, reflet de notre fervente croyance en ces artistes déjà uni.e.s. La liberté est leur fer de lance, nous leur devons bien cela. Alors sortons la tête hors de l’eau, laissons venir les oeuvres à nous comme on tire une nappe et pénétrons allègrement dans l’enceinte de cette joyeuse compagnie.

Elora Weill-Engerer