SO CLOSE 2

à partir du 23 mars 2021

Hugo AVIGO . Alexandre Bavard . Jonathan BRECHIGNAC . Paul CRÉANGE . Antoine DONZEAUD . Marion FLAMENT . John FOU . Cecilia GRANARA . Cyrielle GULACSY . Romain LECORNU . Clément MANCINI . Jan MELKA . Juliette MINCHIN . Mario PICARDO . Lou ROS . Christine SAFA . Masha SILCHENKO

Pour une seconde édition, toujours sous la houlette de la galerie Guido Romero Pierini, les artistes de So Close remettent le couvert avec des œuvres réalisées pour la plupart durant l’année écoulée. Ils explorent souvent ce qui, à l’image, apparaît comme défiguré. Si l’absence de figures réalistes se distingue dans cette sélection, la “dé-figuration” y est expérimentée en tant que principe de transformation ; principe qui procure précisément à une œuvre le pouvoir de transfigurer le réel. Dans l’Antiquité, on distingue la metanoia (changement dans les sentiments) de la metamorphosis (métamorphose physique). La transformation peut être autant matière que sujet – de manière explicite ou sous-jacente – et ce potentiel est à l’œuvre dans l’ensemble des pièces proposées : mutations humaines (Jan Melka, Cecila Granara, Mario Picardo, Alexandre Bavard) et animales (Lou Ros, John Fou), hybridations (Romain Le Cornu, Mascha Silchenko, Jonathan Brechignac), transformations de la lumière (Cyrielle Gulacsy, Paul Créange, Marion Flament, Christine Safa), de la matière (Clément Mancini, Juliette Minchin) ou du sentiment (Antoine Donzeaud, Hugo Avigo).

Dans Forme et objet, Tristan Garcia émet l’idée que plus l’on porte le regard sur l’être aimé, plus l’on provoque sa perte. Si les oeuvres étaient autant d’eurydices, alors le rôle de l’artiste serait de les maintenir en vie, avant qu’elles ne se changent en statues de sel, dans leur production, en se projetant dans l’après-oeuvre ou en les maintenant en perpétuel mouvement au sein de ces différentes temporalités. Il ne s’agit donc pas ici de métamorphose (où l’état final peut n’avoir aucune relation avec l’état premier) mais bien de transformation. C’est à dire que l’œuvre arrêtée conserve et dévoile les événements qui l’ont précédée (travaux préliminaires, oeuvres antérieures, matériaux…). « So close and yet so far » : l’oeuvre (comme l’artiste) se ressemble à elle-même cependant qu’elle s’éloigne d’une identité par trop évidente ou attendue. C’est qu’une oeuvre onirogène est une oeuvre mutante. Chaque pratique déroule ainsi un fil d’Ariane qui maintient le travail métamorphique dans les dédales de la création. De la sorte, le devenir-œuvre ne connaît pas de note finale : la recherche ne s’arrête-t-elle jamais dans son processus ?

Elora Weill-Engerer