Érosion anthropique

du 30 janvier au 21 février 2020

Éric Bourguignon

Les peintures d’Éric Bourguignon sont à l’image d’un monde intérieur. Certains y voient des clairières et des cieux délavés, d’autres la mer et des forêts profondes. Entouré de toiles, alternant les couches et les formats le temps que l’huile sèche, l’artiste cultive l’écart et la distance travaillant d’après souvenir ou imagination.

Les motifs, similaires, créent une reconnaissance sans que l’on puisse parler de séries ou identifier de lieu, d’époque.  Ces vues se succèdent à la manière d’une « promenade sentimentale » variant avec les humeurs et états d’âmes. Les arbres fondus au vert offrent un sentiment de paix. Les notes vives d’orange attirent l’attention, et l’esquisse charnelle des corps rappelle la sensualité de la peinture.

À mesure que l’on prête attention à la matière, des détails se révèlent. On surprend des gestes que l’on n’avait pas vu au premier coup d’œil, plus minutieux, plus dessinés. Des couleurs se réveillent au-delà des grands coups de pinceaux. 

Il faut toujours se méfier de l’eau qui dort parce qu’un tableau peut avoir plusieurs vies. Les motifs que l’on peut discerner ne sont pas sans écho dans l’Histoire de l’art. On pense aux galanteries de Fragonard, aux remous aquatiques de Monet ; à ces rencontres des corps et du paysage, du décor et des élans sentimentaux. 

Réduits à quelques lignes ou à une carnation floue, les personnages chez Éric Bourguignon sont fantomatiques ; ils se croisent dans un temps et une géographie floue comme celle de Wilhelm Sasnal où git « l’amour par terre » et le souvenir de canons académiques.

Éric Bourguignon ne fait pas étalage de sa technique. Remarquable dessinateur, il va à l’essentiel et n’appose son trait qu’en surface, comme pour confirmer une direction ou une inclinaison. La couleur est première et la palette de l’artiste est large, tour à tour vaporeuse et liquide, déjouant sans cesse les attentes. 

Les œuvres sur papier qu’il nous montre témoignent de son travail entre légèreté et profondeur. Certaines ondulations évoquent l’ebru, cette technique turque où les pigments sont déposés sur de l’eau avant d’imprégner le papier. Comme si des reflets pouvaient être pris dans un geste, la course des jours comme précipitée par la peinture. La délicatesse de cette technique a quelque chose de mélancolique dans son rapport au savoir-faire et au temps.

Le peintre évoque des saisons humaines aux tons passés ou fantasmatiques ; des dispositions climatiques aux sentiments. Les couleurs sont propices aux projections et élans du cœur, le tableau plus encore que le paysage équivaut à une méditation poétique.

Henri Guette
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