Un Nu

du 18 septembre au 26 octobre 2020

Simon Pasieka

Les tableaux sont silencieux. Taiseux même. Tout juste y entend-on le clapotis de l’eau ou le souffle du ventdans les branches. Et partout l’on y perçoit l’écho de choses très anciennes, des runes, des rites païens dunord de l’Europe, du romantisme. Ils cheminent avec les vestiges d’une modernité désuète, structures géodésiques à la Buckminster Fuller, architectures de métal à facettes érigées dans une nature dévorante. Elles sont peintes de couleurs vives et, soumises aux intempéries, elles s’oxydent, ce qui génère de chatoyants et séduisants effets visuels. Mais surtout, ces œuvres sont peuplées de reflets et de visions à travers des vitres, souvent brisées en partie, qui indiquent que la réalité n’est pas forcément ce que l’on croit. Et enfin, le corps humain y donne la mesure de toute chose, à l’instar de cette figure dorée, creusée dans la roche (Grave), qui étend les bras à la manière de l’Homme de Vitruve de Léonard de Vinci.

Les tableaux de Simon Pasieka sont des énigmes. Les irisations du verre signalent une irréalité et ressortent du rêve éveillé, suscité par autant de souvenirs visuels. Ici un dieu-fleuve assoupi sur un rocher, là un cheval de Troie perdu au fin fond d’une campagne désertée. De nombreuses situations, nous pensons les avoir déjà vues ou vécues, ce qui reviendrait au même, mais à chaque fois, ce sont des choses que l’artiste aurait aimé expérimenter. Nous voici donc attrapés dans les désirs du peintre comme les reflets des figures dans les parois facettées des dômes de verre. Dômes qui adoptent la forme d’un cerveau ou plus généralement de ces crânes depuis l’intérieur desquels nous observons le calme olympien d’un lac alpin. Car tout cela est bienévidemment affaire de synapses et de connexions neuronales. La vérité n’est plus au fond du puits mais tout au bout du tunnel. Et c’est le corps d’un fou qui danse.

Richard Leydier